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Le sacerdoce de l’infirmière

Par Sylberte Desrosiers

Dans mon dernier article, je vous ai raconté comment l’hospitalisation de ma fille m’a fait passer par une gamme d’émotions. Mon cerveau est devenu tout à coup très sélectif dans l’information qu’il devait assimiler. Plusieurs idées, dont je ne suis pas vraiment fière, m’ont traversé l’esprit. Moi, la maman qui devrait toujours être forte, j’avoue que le rôle de spectatrice impuissante face à la maladie m’a fait perdre le Nord. Quand je repense à certaines de mes réactions, possiblement intensifiées par le syndrome de la blouse blanche, je ressens un grand malaise. J’étais dans les vapes, dans un autre monde. J’ai, par moment, perdu contact avec la réalité. Aujourd’hui, je comprends ce qui s’est passé. Le stress en surdose, ça rend malade. L’anxiété, ce n’est pas juste un terme à la mode.

Si vous vous souvenez, je vous ai également parlé de la websérie Stagiaire d’un jour. La diffusion du 3e épisode coïncidait avec la «Journée Bell Cause pour la cause», une campagne de sensibilisation pour atténuer la stigmatisation et pour briser le silence entourant la maladie mentale. J’ai vraiment aimé ce que dit Martine, infirmière au département de psychiatrie: « Les personnes qui souffrent d’une maladie mentale, ce sont des gens marginalisés, mis à l’écart. On a souvent peur d’eux et je trouve que c’est dommage. Ce sont des mentalités, des attitudes, qu’ici on essaie de changer.» Ces paroles, qui tombaient juste à point, ont stimulé ma réflexion sur le bien-être psychologique des infirmiers et des infirmières. Combien d’entre eux souffrent en silence, peut-être par peur d’être jugés ou mis à l’écart?

Chaque semaine, je trouve de plus en plus beau de voir la passion qui habite Martine, Nadine, Isabelle et Véronique. C’est clair qu’elles aiment leur métier et qu’elles sont dans leur élément. J’ai également une pensée pour tous les infirmiers et les infirmières que l’émission ne montre pas. Je ne peux m’empêcher de songer à ce qu’ils endurent au quotidien, avec stoïcisme. Combien de patients ou leurs familles, à défaut de pouvoir cogner sur le mal qui les afflige, se défouleront sur eux, le punching bag par intérim?

Trop de gens ne se gênent pas pour oublier, pour ne pas dire s’en foutre complètement, qu’en dessous de l’uniforme, il y a des hommes et des femmes qui mettent leur vie sur pause pour aider à prolonger la nôtre. Ils négligent leurs propres bobos pour panser les nôtres. Sous un uniforme coloré, contrastant avec les murs froids et laids des hôpitaux, se trouve un être humain qui veille sur nos proches en notre absence.

Les infirmiers et les infirmières, ce sont des yeux qui demandent aux larmes de ne pas trahir le secret qu’ils viennent de lire dans le regard d’un patient, prêt pour son grand voyage. Ce sont des paroles qui rassurent quand le stéthoscope capte un appel à l’aide entre deux profondes respirations. Ce sont des mains tremblantes, moites et fébriles qui sortent de la salle d’opération, après une césarienne ou une transplantation. Ce sont des êtres qui côtoient la mort plus souvent que leurs parents. A-t-on déjà pris 2 secondes pour se demander où vont toutes ces énergies négatives que le personnel infirmier absorbe?

Pour évoluer dans le domaine de la santé, en toute circonstance, le calme est de mise, le raisonnement doit être parfaitement rationnel, le temps de réaction rapide. On te dira de laisser ton cœur à la maison ou de le ranger dans une poche avant le début de ton quart de travail. Les questionnements, la fatigue et autres contrariétés doivent aussi demeurer dans le casier. Pendant ce temps, le surmenage professionnel épie sa prochaine proie. Dans presque tous les hôpitaux de la province se trouvent des infirmiers et des infirmières, un peu au ralenti, car épuisés. Sur les 24 heures d’une journée, ils en travailleront 16 ou plus. Manque d’effectif oblige, ce scénario se répétera souvent.

Je tiens à remercier tous ces héros et ces héroïnes du réseau de la santé, dotés de nerfs d’acier, d’une grande force de caractère et d’une patience d’ange. Votre dévouement a permis d’éviter bien des catastrophes et de sauver de nombreuses vies. J’en profite pour demander pardon pour ceux qui ne réalisent pas l’ampleur de votre tâche. La charge de votre travail ne se limite pas au nombre de dossiers qui s’empilent au poste de garde. Même si elle demeure souvent sous-entendue, la charge psychologique et émotionnelle est bel et bien présente.

«Là où vos talents et les besoins du monde se rencontrent, là se trouve votre vocation.»

Par Sylberte Desrosiers

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