Bonne cause·collaboratrices

Pourquoi j’ai rasé mes cheveux

Texte de Marie-Lou Noël

À la fin du mois de novembre dernier, ma petite maman recevait son diagnostic de cancer. Ce n’est jamais une annonce facile à avaler. Notre belle société occidentale fait en sorte que la mort et la maladie sont des sujets tabous. On s’imagine que ça n’arrive qu’aux vieux et surtout aux autres. Deux longs processus se sont enclenchés. Celui pour trouver le meilleur moyen d’essayer de la sauver et celui du cheminement mental de l’acceptation de sa maladie. Autant pour elle que pour nous.

Je suis enfant unique et j’ai toujours été très proche de ma mère. Lorsqu’ils nous ont annoncé que la meilleure option pour elle était de faire des traitements de chimio, il n’y a pas eu une seconde d’hésitation dans mon esprit : je me faisais rasé les cheveux. Parce qu’on se sent totalement inutile et impuissant face à la maladie et que j’avais besoin de faire quelque chose pour la soutenir. Nous avons par la suite su que son type ne chimio ne lui ferait probablement pas perdre ses cheveux. J’ai trouvé ça amusant car la première chose qu’elle m’a demandé, c’est si j’allais raser mes cheveux quand même. La réponse a tout de suite été oui. Je me suis alors posé la question : mais pourquoi je tiens absolument à le faire?

Par solidarité. Pour ma mère, pour mon amie (qui est aussi en traitement de chimio et qui a perdu tous ses cheveux) et pour toutes ses personnes qui luttent chaque jour. Le regard des gens changent lorsqu’on n’a plus de cheveux ou qu’on a des cheveux qui sortent de la norme. C’est la dernière chose que les gens malades ont besoin mais la société est faite comme ça. J’affronterai donc les regards et les jugements pour eux.

Pour le don de cheveux. J’ai le choix de couper mes cheveux. Pas eux. Toutes ses personnes qui perdent leurs cheveux sans savoir s’ils vont repousser ont droit à leur dignité. Mes cheveux vont donc servir à confectionner une perruque pour les gens atteints de cancer. Ça faisait un bon moment que je voulais faire un don de cheveux mais j’avais trop peur. Aujourd’hui, je suis fière de mon choix d’avoir offert un peu de bonheur et de dignité à une personne souffrante.

Pour la simplicité. J’ajoute une petite raison totalement égocentrique. Je n’ai jamais été très douée pour me coiffer, au grand désespoir de ma mère qui est coiffeuse! Mes cheveux courts sont toujours dépeignés et mes cheveux longs toujours attachés. L’idée de ne plus avoir à me soucier de mes cheveux me rend extatique.

Par amour. J’aime ma mère plus que mes cheveux. C’est important pour moi qu’elle le sache, surtout en cette période où sa vie est en danger. Elle a tout donné pour moi. Me passer de mes cheveux pour elle est la moindre des choses que je puisse faire pour lui rendre la pareille.

Pour protester. Notre société veut des femmes maquillées, aux cheveux longs, minces et parfaites. Je ne suis pas d’accord. On parle de plus en plus de beauté naturelle. La tendance est aux sourcils épais et les stars se montrent souvent sans maquillage depuis un moment. Je me joins à elles et je retire un symbole de ma féminité (aux yeux de la société).

Ma décision n’a pas été prise en fonction de vouloir attirer l’attention sur moi, mais sur les causes que je sers en rasant mes cheveux. Ma décision était réfléchie et assumée. Je vous encourage à vous lever pour les causes auxquelles vous croyez. Faites du bénévolat pour les personnes agées, faites un don pour les enfants malades, donner vos cheveux (ou une partie. Pas obligé de vous raser, vous pouvez seulement les couper.) pour permettre à quelqu’un d’avoir une belle perruque pour lui remonter le moral. Toutes les raisons et toutes les causes sont nobles.

Par Marie-Lou Noël

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