collaboratrices·Plaisir

Il est grand temps de lever l’ancre

Texte de Sylberte Desrosiers

Il m’aura fallu une éternité pour lui répondre. Mea culpa. J’ai lu son message plus d’une fois pour tenter de trouver les paroles adéquates. J’ai repassé sans relâche le film de notre amitié dans ma tête. J’ai scruté nos anciennes conversations, à la recherche d’une faille. Pour essayer de détecter à quel moment nous avons pris le mauvais tournant. Après un aussi long silence, j’aimerais bien lui écrire des mots qui, je le sais, lui feraient plaisir. Ces discours euphémisés que, trop souvent, j’utilise pour acheter la paix.

Malheureusement, je ne sais plus vraiment ce qu’elle attend de moi.

J’ai constaté, toutefois, que depuis que cette amie ne fait plus partie de ma vie, la douleur que je ressentais au niveau des épaules s’est estompée, tranquillement, jusqu’à complètement se dissiper. La sensation de boulet au pied aussi a disparu. Enfin! Je ne marcherai plus comme le bossu de Notre-Dame. Mon sourire n’est plus contractuel, il a repris son travail à temps plein.

Fini le temps des «tu sais, ce n’est pas toi, c’est moi». Cette phrase n’a plus sa place dans mon quotidien. Plus la force de me, de lui, de nous trouver des excuses. Comme la chaleur accablante, notre amitié m’incommodait. Ça devenait trop lourd à porter. En fait, plus j’y pense et plus je réalise, tristement, que de l’avoir comme amie me conduisait à ma tombe un petit peu plus chaque jour.

Janvier 2017. Elle souhaitait passer du temps avec nous. Elle en profiterait pour se ressourcer. Mi casa es su casa. Je n’étais pas au sommet de ma forme. Les excès du temps des fêtes commençaient à se faire sentir. Les séquelles d’une précédente infection pulmonaire m’ont forcée à garder le lit. Toutefois, comme à l’accoutumée, ma porte de chambre est demeurée grande ouverte. Les sinus enflés, le corps endolori et la gorge irritée ne m’empêcheraient pas de lui prêter une oreille attentive, si besoin était.

Peut-être trop déçue de ne pouvoir monopoliser mon attention cette fois-ci, elle n’est jamais entrée, et ce, même quand je l’ai invitée à le faire. Un simple geste de la main un jour et un «bon, bien je m’en vais» à la fin de son séjour. Sans plus. Pas de grande conversation jusqu’au milieu de la nuit. Ni même quelques minutes pour me tenir compagnie ou pour s’informer de ma santé.

Par la suite, le flot de nos échanges sur les réseaux sociaux se tarissait. Sincèrement, je n’en ai pas trop fait de cas en me disant qu’elle préférait se concentrer sur ses études. Tant mieux! Quand j’ai remarqué qu’elle écrivait plus souvent à un de nos amis communs, je me suis dit que ni l’un ni l’autre ne m’appartenait. C’était leur droit et ça ne me concernait pas. À cet ami, j’ai demandé de ses nouvelles, lui mentionnant que ça faisait un bail que je ne l’avais ni vue ni entendue. Ce qu’il en a compris et a choisi de partager avec elle, ce n’était pas de mes affaires. J’aurais pu ne jamais être au courant de leur conversation, si elle n’avait pas ressenti le besoin de se «justifier» en m’adressant plusieurs reproches.

Son comportement m’a laissée perplexe. Comment, après tout ce que nous avions vécu, pouvait-elle se sentir comme «une étrangère parmi tant d’autres»? Elle m’a dit ne pas comprendre mon attitude envers elle et qu’elle aurait souhaité avoir une communication sans anicroche. Je suis entièrement d’accord! En prenant son téléphone pour m’appeler, nous aurions clarifié le tout et repris notre train-train quotidien. Je lui ai mentionné nombre de fois qu’un message écrit peut laisser place à l’interprétation… et pas toujours la bonne.

Oui, j’aurais pu l’appeler moi-même. Pour m’éviter un stress inutile, surtout à ce moment précis, j’ai gardé le silence. Bien franchement, si c’était à refaire, je n’y changerais rien. Jouer avec mes sentiments, ce n’était pas la meilleure idée. Parler de moi et non à moi ou essayer de m’énerver pour ternir mon image… pas la formule gagnante non plus. Cette amie a passé assez de temps chez nous pour savoir que notre foyer, c’est un no bullshit zone. Les crises à saveur de terrible two pour attirer mon attention, très peu pour moi, merci!

Je l’ai traitée comme ma fille, même mieux. Dans les bons comme dans les moins bons moments, j’étais là pour elle. Par amour, tout simplement, et non parce que je m’y sentais obligée. Sincèrement, je l’encourage à poursuivre l’apprentissage de la saine gestion de ses états d’âme. De toute façon, c’est clair que je ne possède plus les compétences requises pour l’aider. D’ailleurs, et je cite, elle ira consulter un «vrai psychologue» si elle a besoin de parler. Shame on me. Les tentatives pour me faire culpabiliser n’ont pas fonctionné. Mon vécu m’a immunisée contre la manipulation.

Lors de notre dernier échange, je lui ai formulé deux suggestions. À toi qui me lis, je crois qu’elles sauront t’être utiles également:

  1. Avant d’envoyer des messages qui pourraient occasionner des disputes, relis-toi et demande-toi si ton état d’esprit du moment n’est pas en train d’altérer ton jugement. Les paroles peuvent occasionner des blessures profondes et aucune excuse ne pourra jamais les effacer.
  2.  Souviens-toi que tout le monde traverse des périodes difficiles. Si quelqu’un met ses propres soucis de côté pour s’occuper de toi, ne lui prête pas de mauvaises intentions. Souviens-toi également qu’il se peut, qu’un jour, cette personne n’ait simplement pas la force, physique ou morale, de t’aider. Ne la frappe pas alors qu’elle se trouve au sol, offre-lui plutôt ton bras pour l’aider à se relever.

Malgré tout, je me réjouis d’avoir dépensé de l’énergie et du temps pour elle, car de cette situation je tire d’importantes leçons. Dorénavant, je n’essaierai plus d’être la maman des autres. Mes mains sont déjà pleines avec les enfants que l’Univers m’a prêtés. Plus question de jouer au sauveur non plus… J’ai appris à dire non, à m’isoler pour prendre soin de moi, sans me sentir coupable ou égoïste. J’ai compris que c’est une preuve d’amour envers moi et envers les autres.

L’heure est venue pour moi de mettre les voiles. Ma belle, merci pour le chemin parcouru à mes côtés. Dans la suite de tes projets, je te souhaite le meilleur.

Par Sylberte Desrosiers

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *