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Crier en silence

Un rhume, c’est banal, mais pas pour moi. Ça va même beaucoup plus loin. Ma maladie, elle n’est pas tout à fait physique. Dès les premiers symptômes, n’importe qui vous conseillerait une pastille ou autre. Avant de m’offrir un quelconque remède, chéri m’a demandé : « Qu’as-tu as envie de dire, mais que tu ne dis pas? Qu’est-ce qui t’étouffe? » J’ai répondu que je n’en avais aucune idée. Résultat… J’ai d’abord perdu toute forme d’inspiration, puis ma voix. Et parce que j’ai fait semblant de ne pas comprendre, j’ai été clouée au lit pendant des jours.

Quand tu ne peux pas répondre, tu écoutes. Quand tu te retrouves seule dans le noir parce que tes yeux ne supportent plus la lumière et que tu dois demeurer dans le silence parce que le moindre bruit déclenche une migraine, s’absorber dans ses réflexions devient ton seul exutoire.

Plusieurs personnes, rencontrées au cours de ma vie, m’ont maintenu, d’une manière ou d’une autre, la tête sous l’eau. J’ai d’abord cru que c’était leur façon de m’apprendre à nager. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que ces gens essayaient vraiment de me noyer… dans le silence. Sans riposter, je me suis tue : pour ne pas offenser les âmes sensibles, pour ne pas être impolie, pour me conformer à la majorité. Silencieuse, dans mes paroles, mais également par mon absence d’action. La madame, son déni, ses craintes, son traumatisme…

Il n’y a pas si longtemps, j’ai annoncé que je songeais sérieusement à mon projet de livre. Pour me remettre dans le bain, j’ai commencé par écrire des statuts puis des articles. Coïncidence (j’en doute), les « j’aime » sont devenus plus discrets et des « amis » ont disparu. Plusieurs questions me sont alors venues à l’esprit : « Mais où sont passés tous ceux qui disaient aimer me lire? » Ceux-là mêmes qui me contactaient pour que je corrige leurs textes ou qui souhaitaient tant que je travaille avec eux parce que j’étais une « pro de la rédaction ». Silence radio et invitation à aimer ma page toujours en attente…

C’est à cet instant que j’ai osé remettre ma décision en question. Je me suis alors détournée de la mission que je m’étais donnée. En me consacrant à l’écriture, je me doutais bien que mon chemin serait parsemé d’épreuves en tout genre. Moi qui croyais que mon plus gros défi serait d’affronter le syndrome de la page blanche… Je me rends compte que l’immense obstacle, c’est plutôt cette tendance qu’ont les gens à tout prendre personnel et cette tendance que j’ai à prendre leur susceptibilité en considération. Pourquoi? Je me le demande sincèrement.

Je n’ai plus envie de crier en silence parmi une foule bruyante. Je n’écris pas pour m’attirer des « J’aime » ni pour devenir la meilleure blogueuse de l’univers. J’ai une histoire à raconter, une expérience à partager. Mon secret, l’authenticité. Je veux exprimer ce que je ressens, ce qui me fait rire, mais également ce qui m’irrite. Si j’éprouve un réel plaisir quand j’écris, ma réelle satisfaction me provient de ce lecteur qui me dit « Tu as su mettre en mots ma pensée » ou de cette lectrice qui m’écrit : « En te lisant, je ne me sens plus seule, car je sens que tu m’as comprise ».

Eurêka! Chaque fois que j’ai l’impression de perdre la voie que je dois suivre, je perds la voix. Je ne la retrouve qu’après avoir entendu et surtout compris le message. Cette semaine, je me suis souvenue de l’appel reçu et pour quoi j’y ai répondu. N’ai-je pas récemment écrit qu’il était temps de laisser ma plume prendre la parole? The Lord does work in mysterious ways…

Alors à toi qui as perdu la voie ou la voix, je te dis ceci. Ce que tu veux faire de ta passion t’appartient. Tu veux demeurer silencieux parce que ta belle-soeur se sent constamment visée et ne te parle plus, parce que ton ancien ami dénigre ton talent sur les réseaux sociaux ou parce que ton entourage aime les publications de tout le monde sauf toi, c’est ton choix. And then what!? Souviens-toi que c’est leur réalité et non la tienne. Et ce contrôle que tu donnes à des gens ne faisant même pas partie de ton Public-Cible t’amènera forcément son lot de regrets.

La bouche qui te louange aujourd’hui peut être la même qui te maudira demain. Assure-toi que ce ne soit pas le cas pour la tienne…

 

Par Sylberte Desrosiers

 

 

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2 réflexions au sujet de « Crier en silence »

  1. C’est vraiment prenant ce que tu écris mon dieu tu me files les frissons. Tu as une écriture si sincère et c’est si agréable et plaisant à lire. Tu as raison de ne plus vouloir crier en silence et de t’exprimer ici. Pleins de bisous et merci pour cette petite lecture

    1. C’est encore une de mes collabos… je suis contente que leurs écrits te font vivre des émotions. J’en ai des textes, mais je dois l’avouer qu’elle a une plume incroyable … elle a également un blogue l’envol de la pensée ( facebook)

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