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Cher vendeur Herbalife, Visalus, Itworks et autre truc du genre

Texte par: Sylberte Desrosiers

Tu souhaites propager la bonne nouvelle, je comprends. Sauf que le fait d’aimer ta publication sur Facebook n’est pas une invitation pour toi et tes 50 collègues de tenter de me vendre X ou Y. En plus, si je te dis que mon médecin m’a mise au repos complet après mon accouchement, n’insiste pas pour faire mon évaluation corporelle, afin que je commence à atteindre des résultats, et ce, grâce au miraculeux plan de nutrition que tu auras créé pour moi! Malgré toutes tes bonnes intentions, ton insistance devient du véritable body shaming. Laisse-moi au moins la chance de me rendre à ma visite post-partum chose!

« Connais-tu quelqu’un qui aimerait perdre du gras ou son ventre?» Pas même de salutation. Mais bon, comme demandé, je te présente quelqu’un. Appelons-la Jane.

Jane a commencé à avoir des soucis avec son poids au début de l’adolescence. L’été de ses 13 ans, Jane et sa famille sont parties en vacances. Pendant 2 mois, elle a profité du soleil, mais également du délicieux Soul food! Elle s’est aussi beaucoup ennuyée de son copain. Elle avait si hâte aux retrouvailles! Toutefois, au lieu de la prendre dans ses bras comme dans ses rêves, son petit ami, en l’apercevant, lui lance un : «Eh boy, t’es ben rendue grosse!» Les mots de celui qu’elle aimait lui ont fait mal, très mal. Jane venait de frapper un mur. Le genre d’impact qui tue sur le coup ou, si tu survis, te rend tétraplégique.

La pluie dans les yeux, elle est partie.

Ce soir-là, Jane s’examine sur toutes les coutures. Dégoutée, elle boude le repas. Le lendemain, avant de se rendre à l’école, elle ne déjeune pas. À midi, la cloche et son estomac chantent à l’unisson. Jane a faim. Bref passage devant le miroir des toilettes… Son repas a fait un vol plané dans la poubelle. Les gens félicitent, voire envient Jane de pouvoir maigrir aussi vite. « Je fais attention à ce que je mange ». La vérité, c’est que la pomme qu’on voit Jane manger à midi est la même qu’elle grignote au souper. 3 repas, 1 fruit.

Ce manège dure longtemps. Tantôt maigre, tantôt ronde, Jane joue au yoyo ainsi pendant plusieurs années sans que personne remarque quoi que ce soit.

Quand Jane rencontre l’homme de sa vie, se marie et devient maman, elle enferme ses troubles alimentaires dans un coffre et jette la clé. Elle prend du poids. Un peu, encore un peu et un peu plus. Son mari l’aime, peu importe le chiffre sur la balance. Jane ne voit donc pas la nécessité de faire un régime. Puis, arrivent cette chicane de couple et le damné coup de fil à une personne de son entourage. «Tu es déjà une grosse patate, n’emmerdes pas ton mari en plus! Sinon, il va te laisser! » Pour du réconfort, on repassera!

À nouveau propulsée dans un cauchemar, Jane a une soif insatiable de perdre les kilos en trop. Elle croit, à tort, qu’elle est motivée. En réalité, elle veut se punir d’être devenue une masse lourde, difforme, peu sure d’elle. La salle de gym lui sert alors de maison, d’école, d’église. Elle calcule les calories et s’entraine vigoureusement. Parfois même jusqu’à en perdre connaissance.

Pause, recule, play.

«Tu devrais dire à ta femme de se surveiller et de faire une diète. Elle devient obèse!» Cet oncle qu’elle aurait voulu gifler n’a pas pensé à s’informer avant de juger. Jane n’était pas juste grosse, elle portait la vie. Trop tard, la plaie s’est ouverte. Jane est presque heureuse d’avoir des nausées. Et parce que la vie est tout de même bien faite, Jane doit suivre, comme pour toutes ses grossesses, un régime strict pour contrôler son hypertension gestationnelle. Elle a le droit de manger, mais pas trop et encore moins n’importe quoi.

À peine bébé arrivé, Jane veut se remettre à l’exercice. Elle change son alimentation, dans le sens de mâcher la nourriture, sans jamais l’avaler. Mariage dans le Sud, bikini sur la plage, belles photos pour les réseaux sociaux. Toutes les excuses sont bonnes pour commencer un régime extrême.

Aujourd’hui, Jane a finalement réussi à s’accepter et se trouver belle, tout en faisant une croix sur cette obsession de porter une taille 0. Elle comprend que le poids en trop représente une veste pare-balle qui la sécurise. Tant et aussi longtemps qu’elle ne trouvera pas la raison pour laquelle elle souhaite s’accrocher à cette protection, toutes les tentatives de remise en forme seront vouées à l’échec.

Je viens de te raconter une partie de mon histoire. Jane, c’est moi. Mais c’est également de nombreuses personnes qui chaque jour se battent contre les démons de l’anorexie ou de la boulimie. Maintenant, dis-moi. Est-ce que l’aide psychologique est l’ingrédient principal de ton super thé? Ton smoothie empêche-t-il de perdre confiance en soi si les résultats ne sont pas si exceptionnels? Si oui, je t’achète tout ton inventaire!

Je ne dis pas que ton produit ne fonctionne pas. Juste que mon tissu adipeux et moi avons des choses à régler avant de cheminer avec toi. Jusqu’à ce que je te fasse signe, merci de laisser mon gras et ma messagerie tranquille.

Par Sylberte Desrosiers

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