collaboratrices

Ces soupirs qui imposent silence aux passions.

Par: Sylberte Desrosiers

Stagiaire d’un jour, vous connaissez? C’est une websérie qui permet à quatre personnalités connues de plonger, le temps d’une journée, dans la profession infirmière. Ma sœur Martine, infirmière en santé mentale à l’hôpital Notre-Dame de Montréal, est l’une des 4 mentores de la saison 2. Autant j’éprouve de la fierté de voir ma sœur à l’écran, autant je redoute les sanglots, frissons et mauvais souvenirs pendant les émissions. En effet, les segments portant sur la pédiatrie me touchent de très près.

Guy A. Lepage participe à l’émission pour retrouver les gens qui ont sauvé la vie de son enfant. Si l’on m’offrait de devenir stagiaire d’un jour au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, j’accepterais sans hésiter pour la même raison. Le travail d’introspection auquel il s’est livré en se rendant à Sainte-Justine, je connais également. Comme Guy A., je suis demeurée à l’hôpital en permanence avec ma puce, âgée de 8 mois à l’époque. Je la regardais se battre en souhaitant pouvoir prendre sa place. Comme elle était branchée de partout, même les câlins étaient difficiles. On a su s’adapter. Se coller, ça nous faisait du bien.

J’ai pleuré quand une infirmière est venue m’expliquer qu’il fallait envisager de percer un trou dans la jambe de bébé pour lui administrer le médicament directement dans l’os. Gênée dans ses mouvements, la petite arrachait par réflexe la perfusion intraveineuse. En plus de se retrouver à court d’endroits où piquer, le médecin craignait qu’elle ne reçoive pas assez de soluté.

No way! ya personne qui allait trouer mon bébé! Je voulais me sauver de l’hôpital en courant. Avant de faire une bêtise, j’ai prié. Ne me demandez pas ce que j’ai promis à Dieu en échange. Je n’ai pas vraiment calculé ce que je disais.

Au moment même où je rassemblais mon peu de courage pour donner mon consentement, le téléavertisseur de l’anesthésiste a sonné. Urgence au bloc opératoire. Je n’étais pas fâchée que les soins de ma fille passent en deuxième. Ce sursis me permettrait de réfléchir un peu plus longtemps à ma décision. La réflexion fut de courte durée puisque, en fin de compte, les résultats des dernières prises de sang montraient que le traitement fonctionnait comme prévu. Chirurgie annulée, chiffres qui coopèrent, ma prière s’est rendue à qui de droit.

Pour me dérouiller les jambes et l’esprit, une bonne marche s’imposait. J’en ai profité pour partager la bonne nouvelle avec le reste de la famille.

Je me suis promenée sur l’étage. Au risque de devenir une témoin importune du malheur des autres, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil involontaire dans les chambres. Aux regards, parfois mouillés par le chagrin, je répondais par des sourires de réconfort. Le genre qui dit : « soyez forts, je vous comprends. »

J’essayais de deviner quelles maladies clouaient autant de petits patients à leur lit, quand j’ai croisé une maman qui réclamait de l’aide. Son enfant se plaignait de nausées. On l’informa qu’une autre infirmière viendrait dès que possible puisque la sienne était partie dîner. J’ai lu la rage sur le visage de cette mère. Par solidarité peut-être, j’ai senti la colère s’installer en moi. De quel droit les infirmières se permettaient-elles de se parler et de rire comme si de rien n’était? Pire même, comment osaient-elles avoir besoin d’une pause? Et si nos enfants réagissaient mal aux médicaments, et s’ils arrêtaient de respirer? Ensemble, on a cherché un bouc émissaire sur qui décharger notre souffrance.

Ce nuage gris fit place au soleil le lendemain matin. La pédiatre, plus qu’enchantée des progrès de ma championne, m’annonça que le congé était imminent. À côté de moi, une infirmière faisait rire bébé aux éclats pour détourner son attention pendant qu’une autre replaçait délicatement le cathéter. Déclic.

Avant de sortir de l’hôpital et de pouvoir enfin mettre cet angoissant chapitre en archives, il me restait une porte à passer : celle de la prise de conscience. Première et plus importante leçon : ne plus jamais rien tenir pour acquis. Avoir des enfants en bonne santé est un privilège qui n’est pas offert à tous.

À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai regardé les 2 premiers épisodes de Stagiaire d’un jour. J’ai un plus grand respect encore pour toutes ces infirmières qui prennent soin des autres par vocation. Il m’arrive encore de ressentir des remords en repensant au nombre de fois où j’ai voulu traiter d’incompétente ou envoyer promener l’équipe soignante. Coupable de rien d’autre que de s’occuper de ma fille… comme s’il s’agissait de la leur. Épuisement ou vague à l’âme, je réfléchissais avec mes deux seuls neurones encore actifs. Avec un peu de recul, je me rends compte que le sentiment d’impuissance devant son petit humain malade peut transformer même le plus pacifique des parents en véritable diva égocentriste.

Mea culpa

Par Sylberte Desrosiers

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