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Beau temps, mauvais temps

C’est une journée pluvieuse d’automne. Les feuilles dansent un ballet avant de former un tapis coloré sur le sol. Certains se pressent pour ne pas être mouillés. J’aurais fait la même chose si je n’avais pas aperçu cette femme marchant d’un pas beaucoup plus lent que la moyenne. Elle s’arrêtait à chaque 3 pas, fixait le ciel en souriant et reprenait la cadence. J’ai voulu l’approcher, lui demander ce qui la faisait sourire, mais j’ai préféré l’observer, pour ne pas la déranger.

 

Je continuai de regarder la dame au parapluie, jusqu’à en oublier le temps. Je réalisai alors que je ne savais même pas pourquoi je me hâtais… Personne ne m’attendait à la maison et les courses pour la semaine pouvaient être remises à plus tard. Je ralentis, tout en essayant de deviner pourquoi elle, contrairement aux autres passants, ne se pressait pas. Elle dut sentir mon regard voyeur parce qu’elle se retourna pour venir à ma rencontre. Je me sentais mal à l’aise de m’être introduite dans son intimité. Avec le plus beau des sourires, elle me dit bonjour. Tentant de dissimuler mon embarras, je lui expliquai pourquoi je l’observais, depuis un bon moment déjà.

 

— Vous n’êtes pas la seule, vous savez. Il y a toujours quelqu’un qui se demande ce que je fais là. On m’a déjà offert de la nourriture ou même de m’aider à retrouver mon chemin, me confia-t-elle amusée.

 

Elle me pointa discrètement un arbre. Je vis apparaitre de petites mèches de cheveux bruns.

 

— C’est Mathilde, ma fille. Chaque samedi, nous venons jouer à la cachette ici en attendant que son papa revienne du travail. Je compte mes pas pour faire semblant que je la cherche. Ainsi, elle ne se doute pas que je l’ai déjà trouvée. Mathilde est si fière de son talent pour le camouflage. Je fixe le ciel en souriant, car je le remercie d’avoir une fille qui me fait comprendre l’importance de ne pas trop se soucier, mais plutôt de profiter du temps. Je vous laisse. J’aperçois chéri. Bonne fin de journée!

 

La dame était déjà loin quand je me rendis compte que je n’avais pas pris le temps de me présenter. Je ne connaissais pas non plus son nom. Quand elle sortit son parapluie bleu, faisant contraste avec le temps grisâtre, je compris le message que m’envoyait la vie. Même derrière les plus menaçants nuages se cache un ciel couleur azur. Pour la première fois depuis que j’empruntais ce sentier, je fis une pause pour jouir de la beauté de la nature. Si les arbres dénudés sont synonymes de l’approche de l’hiver, c’est également un rappel qu’il faut laisser aller ce qui s’en va pour faire de la place pour ce qui s’en vient.

 

En reprenant le chemin de la maison, je repensai à ce que la dame m’avait dit, en me demandant si le temps existait vraiment. L’absence de montre à mon poignet me permit de conclure qu’en fait le temps, c’est maintenant.

 

Sylberte Desrosiers

Toile réalisée par Caroline Tremblay

 

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